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Le Proche-Orient dans les collections des bibliothèques du Collège de France

Catherine FAUVEAUD (C.N.R.S. Paris - ERS 1993 Etudes sémitiques)

En 1989 le Ministère de l'enseignement supérieur mit à la disposition du Collège de France un bâtiment, situé au 52 rue du Cardinal Lemoine en plein centre de Paris. Le Collège décide alors d'en affecter la majeure partie à l'installation de ses bibliothèques tout en offrant l'hospitalité à des bibliothèques extérieures. L'opération s'est terminée en 1998, et on dénombre aujourd'hui sur le site, dix bibliothèques, dont sept ont des fonds intéressant le Proche-Orient. Ces collections ne peuvent pas, bien sûr, rivaliser avec celles des bibliothèques patrimoniales que sont la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque interuniversitaire des langues orientales, cependant dans certains domaines spécialisés elles sont très riches et il m'a semblé qu'il était vraiment utile de les faire connaître.

Ce sont toutes des bibliothèques de recherche, ouvertes au public sous certaines conditions. La plupart sont directement gérées et financées par le Collège de France, quelquefois en association avec le CNRS, deux d'entre elles ont un statut particulier, la bibliothèque byzantine, dont une partie du fonds est propriété de l'INALCO et la bibliothèque de la Société asiatique de statut privé.

Je présenterai brièvement ces sept bibliothèques, en retraçant l'histoire de la constitution des fonds et montrant quelques volumes particulièrement remarquables, puis tenterai de faire le bilan des domaines couverts.

La bibliothèque de la Société asiatique

La Société asiatique fut parmi les premières de ces sociétés savantes si caractéristiques de l'organisation sociale de la science au XIXe s. en France. Créée dès 1822, sous la présidence de Sylvestre de Sacy, la présidence d'honneur étant tenue par le Duc d'Orléans, futur roi de France, elle souhaitait rassembler tous les hommes que passionne l'étude des langues orientales. Le prospectus annonçant sa création s'adressait aux savants, bien sûr, linguistes, historiens, philosophes, mais aussi à des diplomates, des dames de qualité, des commerçants, des ingénieurs à qui l'on promettait, dans l'étude des textes orientaux, maints progrès.

La Société se donne pour mission de composer et d'imprimer des grammaires et dictionnaires, des ouvrages élémentaires pour la connaissance des langues, d'acquérir ou de faire copier des manuscrits, de publier un recueil périodique consacré à la littérature asiatique, le Journal asiatique.

Dès 1822 la Société s'occupe de rassembler un fonds de manuscrits et d'imprimés qui s'enrichit très rapidement grâce aux dons, aux acquisitions et échanges auxquels s'ajoutèrent plus tard des legs importants. La plupart des manuscrits seront bientôt donnés en dépôt à la bibliothèque nationale, la Société ne gérant plus que la collection des imprimés. En 1989, l'installation dans les nouveaux locaux de la rue du Cardinal Lemoine, lui permet de réunir tout le fonds des imprimés, Proche-Orient, monde indien et Extrême-Orient auparavant éclaté en plusieurs lieux. Le fonds compte aujourd'hui plus de 100 000 volumes, dont on peut estimer qu'un quart se rapporte au Proche-Orient. 1800 titres de périodiques figurent au catalogue, dont 300 vivants, ils sont tous obtenus par échange avec le Journal asiatique, pour certains depuis 1822 ; c'est certainement la plus belle collection de périodiques du Collège de France. Pour le domaine qui nous intéresse, on y trouve des éditions de textes en langue originale, Hébreu, Arabe, Turc, Persan, Syriaque, et leur traduction en français, des ouvrages de philologie, des synthèses historiques, des récits de voyage, mais également des curiosités, essais, pamphlets politiques adressés à la Société par des amateurs ou militants témoignant ainsi de l'activité intellectuelle de leur temps. Elle possède un fonds ancien important grâce à différents legs.

Depuis de nombreuses années la bibliothèque n'a aucun budget d'acquisition, les volumes n'entrent plus que par don ou échange et la politique d'acquisition est devenue le fait du hasard. Paradoxalement c'est une bibliothèque à la fois très riche et très lacunaire.

Le Collège de France et ses bibliothèques spécialisées

Le Collège de France est un établissement public d'enseignement et de recherche qui rassemble aujourd'hui une cinquantaine de chaires dans toutes les disciplines du savoir. C'est en 1530 que François Ier nomme les premiers lecteurs royaux, un de mathématiques, deux de grec et trois d'hébreu, l'étude de la Bible est alors le premier but de l'enseignement, et se fonde sur le retour aux textes originaux. L'importance accordée à l'hébreu préfigure la place prépondérante que les langues orientales tiendront au Collège durant toute son histoire. Aux chaires d'hébreu seront adjointes rapidement les chaires d'araméen, d'arabe, de syriaque, de turc et de persan, et, plus tard au XIXe, l'exploration du Proche-Orient et le déchiffrement des langues anciennes conduiront à la création d'une chaire d'égyptologie pour Champollion en 1831 et d'assyriologie pour J. Oppert en 1874.

Les premières bibliothèques spécialisées du Collège ne voient le jour qu'en 1936 au moment de la réorganisation de la bibliothèque principale qui prévoit la création de trois cabinets spécialisés. Celui d'égyptologie reçoit les ouvrages de philologie et d'archéologie égyptienne et copte que possédait la bibliothèque principale ainsi qu'une grande partie de la collection Seymour de Ricci que ce savant venait d'offrir au Collège ; un cabinet d'assyriologie reçoit les volumes concernant le sumérien, l'assyro-babylonien, les études anatoliennes ; un cabinet d'histoire des religions se spécialise vers l'exégèse biblique et l'études des textes du christianisme des premiers siècles et ceux de leur environnement proche-oriental, gnose et manichéisme. Ces bibliothèques spécialisées ne cesseront d'acquérir par achat, dons ou échanges les nouvelles parutions dans leurs domaines.

La bibliothèque du cabinet d'islamologie, se constitue en 1964 autour de la bibliothèque personnelle de Louis Massignon. Enrichie dans les années suivantes d'autres bibliothèques d'arabisants, elle rassemble aujourd'hui un fonds très riche en islamologie, avec également des ouvrages d'histoire, de philologie et de littérature. Les deux tiers des volumes sont en arabe. Les faibles budgets d'acquisition de ces dernières années ne lui ont pas toujours permis de compléter les fonds qu'elle avait reçus ; toutefois, une politique de rajeunissement est en train de se mettre en place et la bibliothèque devrait ouvrir très prochainement une section sur l'histoire de l'empire ottoman.

La dernière des bibliothèques spécialisées du Collège est celle de l'Institut d'études sémitiques. Fondé en 1930 à l'Université de Paris cet Institut fut, après la tourmente de mai 1968, rattaché au Collège de France et apporta en dot une bibliothèque déjà constituée sur le Proche-Orient ancien. En arrivant au Collège elle se spécialise dans les langues chamito-sémitiques, peu ou pas représentées dans les autres bibliothèques, principalement les langues en écriture alphabétique dont les plus anciennes sont apparues sur la côte syro-libanaise vers la fin du 2ème millénaire, puis dans toute la région du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord et dont certaines sont encore parlées aujourd'hui.

La bibliothèque byzantine

Lorsque Thomas Whittemore, archéologue américain, voulut développer une bibliothèque pour l'institut byzantin de Boston dont il était directeur, il décida de l'installer à Paris. C'est donc sous le nom de Library of the Byzantine Institute incorporated under the laws of the Massachusets, que cette bibliothèque fut créée en 1929 et logée à l'Ecole des Langues Orientales, dans des locaux mis à sa disposition par Paul Boyer, administrateur de l'école et ami de Thomas Whittemore. A sa mort, selon sa volonté, les collections furent offertes à l'école des langues' O qui en est toujours propriétaire bien que la civilisation byzantine ne fasse pas partie de ses enseignements ; elle prit alors le nom de bibliothèque byzantine. Bénéficiant de l'hospitalité du Collège de France depuis 1972, elle est maintenant installée rue du Cardinal Lemoine. Elle possède aujourd'hui une très belle collection sur l'art, l'archéologie et l'histoire politique et sociale de l'empire byzantin et son environnement, s'intéressant aux régions ayant reçu une influence religieuse et culturelle de l'Empire byzantin, notamment l'Asie mineure, le Levant et l'Egypte.

L'énumération un peu fastidieuse qui précède présente ces collections co une accumulation un peu composite. Cependant, une étude plus attentive fait apparaître que les fonds offrent, notamment pour la période ancienne, une grande cohérence scientifique. A partir de l'apparition de l'écriture au 4e millénaire jusqu'à l'Hégire et dans la région allant de l'Afrique du Nord jusqu'en Mésopotamie les bibliothèques offrent une documentation très abondante, quasi exhaustive, sur les textes, qu'ils soient épigraphiques ou littéraires, ainsi que les ouvrages de philologie des langues concernées. Les études historiques, l'histoire de l'art et l'archéologie sont également bien représentée quoique de façon moins systématique, pour une période allant jusqu'à la chute de Constantinople. Pour les études arabes et islamiques sont disponibles de nombreux textes, éditions et traductions d'auteurs arabes avec des ouvrages anciens et rares, mais elles souffrent de nombreuses lacunes.

Pour toutes ces bibliothèques, les donations ont été des sources essentielles d'enrichissement et souvent le point de départ de leur fonds. Mais seules certaines d'entre elles ont pu être complétées par une politique systématique d'acquisitions, en général parce que les bibliothèques étaient associées à un centre de recherche. Intégrées dans un réseau de relation entre savants elles enrichissent leurs fonds de tirés à part, littérature grise, et quelquefois d'une documentation originale et spécifique, photographies, cartes, estampages d'inscription d'un intérêt exceptionnel. Le regroupement sur un même site de ces bibliothèques de recherche et de la bibliothèque de la Société Asiatique qui met à leur disposition son inestimable collection de périodiques a considérablement augmenté l'offre documentaire, les lecteurs ne s'y trompent pas, qui sont de plus en plus nombreux, montrant ainsi que le Collège de France poursuit et renouvelle la tradition d'orientalisme scientifique née à l'époque des premiers lecteurs royaux.

Ouvrages et articles consultés :

  • Société asiatique : le livre du centenaire (1822-1922), Paris, 1922.
  • Bataillon, M. "Le Collège de France", Revue de l'enseignement supérieur, 2, 1962, pp. 5-50.
  • Cazabon, M.-R. "Un patchwork royal : les bibliothèques du Collège de France", Bulletin d'information de l'A.B.F., 173, 1996, pp. 49-51.
  • Pezin, M. "La donation Seymour de Ricci au cabinet d'égyptologie du Collège de France", in Dewachter, M. et Foucard, A. (eds.) L'égytologie et les Champollion, Grenoble, 1994, pp. 181-198.
  • Piganiol, C. "La Byzantine : de la Library of the Byzantine Institute à la Bibliothèque byzantine", Arabesque 16, 1999 (http://www.abes.fr/Arabesques1999.htm)

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